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Et si nous nous taisions !

Et si nous nous taisions !

Introduction

« Nous sommes dans l’ère de la communication ». Vous avez certainement entendu ou lu cela quelque part. Mais permettez-moi de vous dire que je n’en suis pas convaincu. La technologie nous offre certes des outils de communication, mais de là à dire que nous les utilisons pour communiquer, je n’en suis pas si sûr.

Nous ne savons plus communiquer correctement de nos jours. Il suffit d’assister à certains échanges dans nos classes de l’École du Sabbat pour s’en rendre compte. On ne s’écoute pas les uns les autres, et pourtant l’écoute est l’élément de base de la communication. Il y a une phrase qui dit ceci : « Le plus gros problème de communication : c’est que nous n’écoutons pas pour comprendre, nous écoutons pour répondre. » Cela m’amuse d’analyser les échanges parfois houleux pour finir par comprendre qu’il n’y a en réalité aucun désaccord. On dit souvent la même chose avec des mots ou des angles différents.

Nous devrions un peu plus nous taire, afin de mieux communiquer, afin d’écouter pour comprendre, pour comprendre les autres et pour comprendre Dieu.

Excès de zèle

Le lépreux de Marc 1 est l’un des rares personnages bibliques que l’on peut difficilement blâmer d’avoir désobéi à Jésus-Christ. Mais il fait partie des personnes qui auraient dû se taire, qui auraient dû mieux écouter et ainsi mieux comprendre.

Pour rappel, après l’avoir guéri, Jésus lui adressa « de sévères recommandations » que nous pouvons lire au verset 44 « [Jésus] lui dit : Garde-toi de rien dire à personne ; mais va te montrer au sacrificateur, et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit, afin que cela leur serve de témoignage. »

Jésus était pourtant clair dans ces propos. Il détermine une stratégie des plus précises. Il détermine :

• une mission : rendre témoignage,
• une cible : le sacrificateur
• des actions : ne rien dire, se montrer au sacrificateur, respecter la loi en vigueur à savoir l’offrande pour la purification.

Pour nous aider à mieux comprendre les motivations du Christ, Ellen White écrit dans Jésus-Christ : « Jésus voulait donc que cet homme se présentât au temple avant que le bruit du miracle y fût parvenu. Le lépreux guéri obtiendrait alors une décision impartiale, et recevrait l’autorisation de rejoindre les siens. » EGW Jésus-Christ [JC 248.3]

« Le Christ avait d’autres raisons pour enjoindre le silence à cet homme. Le Sauveur savait que ses ennemis cherchaient toujours à limiter son activité et à éloigner de lui le peuple. Il savait qu’au cas où la nouvelle de la guérison du lépreux se répandrait, d’autres malheureux affligés du terrible mal accourraient auprès de lui et l’on ferait courir le bruit que la population était contaminée par leur contact. La guérison de plusieurs de ces lépreux n’aurait été une bénédiction ni pour eux ni pour d’autres. » EGW Jésus-Christ [JC 248.4].

Mais, le lépreux a préféré s’écouter lui-même. Il a préféré :

écouter ses émotions : La lèpre étant une maladie incurable, les cas de rémission étaient extrêmement rare, et relevaient donc du miracle. Cette maladie lui avait volé sa vie et cette guérison lui apportait une joie immense. Comment alors ne pas parler de celui qui était à l’origine de ce miracle ? Comment occulter cette partie miraculeuse de son expérience ? Comment contenir sa joie débordante ?

Nos émotions, même les plus nobles, sont parfois mauvaises conseillères.

écouter son intelligence : Le lépreux n’a malheureusement pas pris toute la mesure des recommandations du Christ. Il s’est laissé aller à des interprétations. Ellen White écrit que le lépreux s’imaginait que seule la modestie de Jésus avait motivé ces recommandations.

On dit parfois qu’il est préférable d’écouter sa raison plutôt que ses sentiments. Mais même notre intelligence peut être une très mauvaise conseillère.

Se taire et écouter

Ayant préféré s’écouter plutôt que Jésus, il « se mit à proclamer à tout le monde ce qui lui était arrivé et il répandit la nouvelle partout. » Mc. 1 : 45a BDS

Sortie du contexte, cette attitude est louable. Nous pourrions longuement méditer sur l’importance de proclamer à tous la toute-puissance de Jésus-Christ. Et nous aurions raison de le faire, mais il convient ici d’insister sur l’importance d’être à l’écoute, pour comprendre le plan de Dieu, même et surtout lorsqu’il s’agit de la proclamation de l’Évangile.

L’Évangile de Marc désigne clairement le lépreux comme étant celui qui est à l’origine de la situation décrite au verset 45 : « Mais cet homme, s’en étant allé, se mit à publier hautement la chose et à la divulguer, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer publiquement dans une ville. Il se tenait dehors, dans des lieux déserts, et l’on venait à lui de toutes parts. »

La fin du verset nous rappelle que l’œuvre du Christ l’emporte toujours, car « on venait à lui de toute part ». Quelles que soient nos erreurs, l’œuvre du Christ l’emportera toujours. Mais il n’en est pas moins que ce lépreux a quelque peu bouleversé le plan du Christ et cela n’a pas été sans conséquence.

Il avait une mission, une cible et un plan d’action, mais il n’en a fait qu’à sa tête et par sa faute :

1. Le Christ ne pouvait plus entrer publiquement dans une ville
2. Il se tenait dehors,
3. Dans des lieux déserts.

Car il n’a pas su se taire.

Le Christ révèle ses plans, en particulier dans le domaine de l’évangélisation. Il suffit d’être plus à l’écoute de Dieu et des autres, d’être plus attentif à ce qui se passe autour de nous, d’être moins focalisé sur ce que nous pensons et un peu plus sur ce que les autres pensent et ressentent. Le Christ a une mission pour nous, il place sur notre route des personnes pour qui Il a formé un plan. Sommes-nous prêts à écouter ses recommandations ? Ou préférons-nous l’attitude du lépreux qui n’écouta que ses sentiments et son intelligence ?

Ésaïe 55 : 8, nous dit que les pensées de l’Éternel ne sont pas nos pensées et que ses voies ne sont pas nos voies, et ce même en ce qui concerne le plan du salut.

Le plan du salut de l’humanité est un parfait exemple. Aujourd’hui, le recul que nous avons sur le sacrifice du Christ et les éclaircissements donnés par Jésus lui-même et par les Apôtres nous confère un privilège. Mais quel pécheur que nous sommes aurait pu imaginer un tel plan ! Plongé dans le drame de la croix, les disciples étaient à des lieues de comprendre ce plan du salut. Leurs émotions et leur intelligence n’étaient pas en mesure de saisir les réelles implications de cette tragédie.

Alors qu’Il traverserait le terrible chemin qui l’emmène à la croix, Jésus marchait aux côtés de deux brigands. Chacun d’eux a vécu leurs dernières heures à leur façon. Le premier brigand s’est écouté lui-même. Il a écouté sa douleur et son intelligence. Il s’est laissé aller à des interprétations qui l’ont conduit à cette fameuse phrase : « Si tu es le Messie, sauve-toi toi-même, et nous avec ! » (Luc 23 : 39). Il n’était pas le seul à le penser et à l’affirmer. Au verset 37, soit deux versets plus tôt, les soldats firent la même déclaration en s’approchant du Christ. Le brigand n’a pas retenu les propos de Pilate déclarant l’innocence de Jésus, il a retenu l’argument qu’il allait dans le sens de son ressenti. À force de s’écouter soi-même, on finit par sélectionner dans les propos des autres ce qui nous intéresse et nous conforte dans notre positionnement. S’il s’était imposé le silence dans son cœur en faisant abstraction de son ressenti, il aurait vu bien plus. Il aurait vu la mise à mort d’un innocent.

Un silence instructif

Le second brigand a une approche et une attitude bien différentes en gardant le silence dans son cœur.

Ellen affirme qu’« Il s’est trouvé près de Jésus dans la salle du tribunal et sur la route du Calvaire. Il était là lorsque Pilate déclara : “Je ne trouve aucun motif contre lui.” Il a remarqué l’attitude divine du Sauveur et sa longue patience à l’égard de ses tortionnaires. Du haut de la croix, il voit ceux qui font profession de piété hocher la tête, claquer la langue avec mépris, tourner en dérision le Seigneur Jésus. Il entend son compagnon adresser au Christ cette parole de reproche : “N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et sauve-nous !” » EGW Jésus-Christ [JC 752.3]

Et ce n’est qu’après cette phase d’écoute, d’observation et d’analyse qu’il sort de son silence afin de rétablir la vérité : « N’as-tu aucune crainte de Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous ce n’est que justice, puisque nous recevons ce qu’ont mérité nos actes, mais celui-ci n’a rien fait de mal. » (Luc 23 : 40-41)

La clairvoyance de cet homme est admirable à un moment si douloureux pour lui. Il adopte le bon comportement, utilise les bons mots. Il se laisse conduire par l’Esprit-Saint qui a pu se manifester grâce à son attitude. Et chose incroyable, lui, le brigand, comprend le plan de Dieu. « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne. » Alors que les disciples assistent impuissant à la mort de leur maître et la fin de leur espérance (« Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël… » Luc 24 : 21), le brigand en voyait bien plus, il regardait au-delà de ce que l’intelligence peut voir. Il voyait ce que seul l’Esprit-Saint peut montrer : la vérité.

Pierre qui a pourtant marché avec le Christ et qui deviendra un Apôtre dévoué n’était pas arrivé à ce niveau de compréhension. Son problème c’est qu’il ne se taisait pas. Il aurait dû se taire lorsque le Christ l’a prévenu de sa future trahison dans Luc 22 : 31-34, plutôt que d’écouter sa pseudo loyauté et son prétendu courage. Il aurait dû se taire et écouter. Il aurait dû être bien plus à l’écoute au lieu de tirer l’épée lors de l’arrestation du Christ. Fort heureusement, il apprendra de ses erreurs et saura faire silence par la suite.

Conclusion

Si nous ramenons cette vérité au sujet qui est le nôtre ce matin, nous comprenons que notre zèle peut faire obstacle au plan de Dieu s’il n’est pas le résultat d’une écoute attentive. Tirer symboliquement l’épée pour défendre Jésus peut être une noble attitude, mais elle peut être aussi une terrible erreur si ce n’est pas le fruit d’une écoute attentive de la volonté de Dieu. Aussi, apprenons à écouter et à observer au quotidien, pour comprendre Dieu et ainsi comprendre son plan pour nous et pour les autres.

Nos proches nous observent bien plus que nous l’imaginons. Consciemment ou inconsciemment, ils attendent beaucoup de nous. Mais trop souvent, nous négligeons l’écoute de leur besoin pour notre tendance impulsive et maladive à parler et à agir. C’est délicat de prêcher ce type de message qui demande à l’église de se taire, alors qu’elle devrait au contraire bien plus proclamer l’Évangile éternel. Mais il ne s’agit pas ici de se taire définitivement, mais d’adopter judicieusement le silence pour comprendre les recommandations du Christ. Ce silence dont je vous parle aboutit à une prise de position, mais pas n’importe laquelle : la bonne prise de position. Si vous faites partie de ceux qui se terrent dans le silence, faites surtout silence en vos cœurs et laissez-vous guider par Dieu. Et vous finirez par agir selon sa volonté.

Ce sabbat missionnaire met l’emphase sur l’évangélisation par la communication et plus précisément par les médias sociaux. Derrière nos ordinateurs, en défilant nos fils d’actualités, prenons-nous le temps d’écouter et d’observer ? Imposons-nous le silence dans nos cœurs pour comprendre les recommandations du Christ ? Nous devons saisir les opportunités qui nous sont offertes par ces outils, mais nous devons être extrêmement prudents. Gardons à l’esprit que nos publications ne sont pas sans conséquence. Ne croyons pas que cette nouvelle forme de communication atténue la portée de nos propos, bien au contraire.

Ne croyons pas non plus qu’en multipliant les interventions nous amènerons plus d’âmes à Christ. Si nous ne sommes pas à l’écoute, elles ne serviront à rien, elles pourraient même freiner l’œuvre du Christ. Proverbe 15 : 23 affirme très justement que « Savoir donner la bonne réponse est une source de joie, et combien est agréable une parole dite à propos. » (BDS)

À l’image d’un tireur à l’arc, concentrons-nous pour ne pas manquer la cible en faisant abstraction des éléments néfastes. Écoutons davantage Dieu, écoutons les autres, faisons silence dans nos cœurs pour laisser le Saint-Esprit nous guider. Ne nous laissons pas distraire pour le flux d’informations présentes sur la toile, et procédons avec discernement. Ce nouveau monde regorge d’opportunités de communiquer notre message, mais il cache aussi des pièges dans lesquels nous pourrions bien nous laisser prendre si nous écoutons nos émotions, notre impulsivité, notre colère, notre triste, notre intelligence et j’en passe. Nous risquerions de faire bien plus de mal que de bien.

Appel

Chers amis, nous vivons dans une société qui nous éloigne les uns des autres. Tous nos outils de communication ont fini par détériorer ce pour quoi ils ont été conçus, à savoir la communication. Notre société a semé dans nos cœurs une forme inquiétante d’orgueil et de suffisance, qui nous donne une trop haute estime de nos opinions. Or, nous devons prendre conscience ce matin que nous sommes ignorants.

Ma prière pour cette église est qu’elle puisse faire silence en son cœur. Ma prière pour toi chère sœur et cher frère est que tu fasses silence en ton cœur. Si tu partages avec moi cette prière, ce que j’espère, tourne-toi vers Dieu et surtout tais-toi. Il a beaucoup plus de choses à te dire que toi tu en as.

Engage-toi ce matin à être un instrument entre les mains Dieu, un instrument loyal et obéissant. J’ai l’assurance qu’entre ces mains, nous retrouverons cette capacité qui nous fait tant défaut celle d’écouter les besoins de notre congrégation et de notre communauté, pour mieux communiquer l’amour d’un Jésus Seigneur et Sauveur.

Mickaël Bonnefond
Directeur de la Communication
de la Fédération des Eglises Adventistes du Septième Jour de La Réunion